LIGNES CROISEES


Tu avais été mon homme.

Moi, j'avais été ta femme.

Je t'ai donnée quelque somme.

Toi, un don pur d'où s'enflamme


Un boucher à deux éclos.

Puis le feu et feu les cendres,

On put voir nos renouveaux

Enfin à zero ascendre.


Tu avais cédé ton nom,

Moi, je n'ai offert que faim.

Ton pleure m'apprit le son,

Moi, j'ai repoussé ta main


Pour te donner aux chemins

Où seuls deux êtres seuls peuvent

Étancher le cours du rien,

Disant aux corps qu'ils se meuvent.


Un jour j'ai été ton mec,

Et toi, t'étais ma nana.

T'as fait mien ton ventre sec,

Là, j'ai poussé mon mana,


Qui nous a nourri un temps

Si court qu'il nous ressembla

L'éternité. Et, pourtant,

Tôt on décédait déjà.


J'avais été ton barbeau,

Lorsque tu étais putaine.

Les rigolos ont leur argot,

Toi, la langue grecque ancienne.


Un seul langage, on dira,

Jamais fut le véhicule

Pour qu'on entendent nos voix:

Si tu comprends ces vers, nul


Croira. Je t'écoute pas,

T'addresse pas et m'enculle

Si ces mots te touchent. Moi,

J'm' avoue seule au ridicule.


LA FETE DE TOUSSENS


sur la marge droite de la moitié

gauche de l'aiguille

vous avez par hasard percé

la ligne de fuite de vos pupilles


et sans se faire plus souci

vos cils issus des essors du réveil

ont ensuite bâillé en table rasée

au ras-du-sommeil


vous qui aviez été souvent mépris

maintes fois cousu et surgelé

vous pourrez enfin goûter le dégoût sincère

qui fait épreuve de notre chair


et ainsi remis, renaître en dépit des plus grotesques

raisons d'être - tout compte fait, cela n'est-ce que

pas le même que devenir malgré gris presque

fleuri, presque infini comme une arabesque?


vous vous étiez déjà dévoré, dommage...

il vous reste maintenant la seule espérance

d'accompagner en cachette les cortèges en hommage

des jours tombés innocents de la Toussens



DE LA LOI DE L’ASCENSEUR OU COMMENT LES DERNIERS SERONT LES PREMIERS OU VICE-VERSA MAIS PAS NECESSAIREMENT DANS CET ORDRE



Le roi pécheur et le roi pêcheur ont parié sur une course.

Le premier est arrivé gagnant par la tricherie de changer les noms sur les panneaux des routes.

Le perdant a consenti qu’il faut savoir se détacher des objets et lui a livré la coupe.

Celle que personne n'a vue sans disputes et d’où Jésus aurait ôté nos dernières gouttes.



MON DERNIER BRAVO



Ma dernière bravade serait

pour le monde que j'ai toujours aimé

même et surtout d'ailleurs

(comme il fallait)

sans me l’avouer.

Ça ne sera pas un pleure

tel le cri

avec lequel on écrit

sur l’air notre note de naissance,

il va ressembler plutôt à un

voeux de bonne chance

à chacun qui y restera

sans manquer ni un des adressés:

il s’étalera tel un tir sournois

sur le blanc plus noir

de probabilité numéro 1

du cu viel borgne appelé hasard.

Ma voix alors se répandra

bien au-delà de la

portée des mes ongles

et débordera vers

mêmes les vers

plus insensés

comme une épitaphe raclée

par force de leur incompétence

sur le mur sans bornes du monde.

Et, ainsi, arrivé,

malgré moi le détestable instant

mes derniers mots peut-être seront:

Que ça a été

vachement bon

survivre à cette aventure

sans ceinturon

d’être vivant!